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1.14. Les spécificités de la relation formation emploi dans les secteurs sanitaire et social

Document de travail


Le modèle traditionnel d’analyse de la relation entre la formation et l’emploi met en mouvement quatre composantes qui forment un système : les activités économiques, l’appareil de formation, le marché du travail, les conditions de vie des familles. La relation entre les activités économiques et l’offre de formation n’est pas directe. Elle passe par le marché du travail sur lequel s’échangent les demandes de qualifications de la part des entreprises et les compétences acquises par les sortants des systèmes éducatifs et de formation. Le marché du travail est en quelque sorte, un régulateur de l’équilibre entre l’offre de formation et les activités économiques. Cette offre de formation est, quant à elle, prise en tension entre une logique de "reproduction sociale", issue de la population et une logique "d’ajustement économique" conditionné par le marché du travail, lui-même très dépendant des modes de gestion de la main-d’oeuvre au sein des secteurs d’activités.
Ce modèle se développe sur un territoire donné. Ici, la zone d’emploi ne semble pas être l’échelon territorial le plus adapté. Compte tenu des acteurs du secteur de la santé et du travail social, l’échelon départemental sera préféré.
L’observation porte généralement sur l’ensemble des secteurs d’activités. Dans le cas présent, il s’agit d’appliquer ce modèle au seul secteur de la santé et du travail social et de rechercher en quoi, les caractéristiques de la relation formation-emploi y sont spécifiques.

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Word - 41 ko
Schéma de la relation emploi formation dans le secteur sanitaire et social


[Il est recommandé de télécharger le document joint, schéma de la relation formation-emploi dans le secteur sanitaire et social].

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I. UNE PRISE DIRECTE AVEC LES BESOINS DE LA POPULATION

La relation formation-emploi se caractérise par le rôle prépondérant que joue la population du territoire sur les besoins de services. Le secteur d’activité se trouve, comme beaucoup d’autres, dans une logique de recherche d’équilibre entre d’une part les demandes de services et d’autre part les réponses proposées. La différence essentielle est que l’on touche à l’humain et au vivant directement et que cela n’existe dans aucun autre domaine. Il existera une variabilité départementale car les attentes, besoins et moyens des populations ne sont pas les mêmes d’un département de la région à l’autre. Les caractéristiques de ces populations vont mettre en tension avec une intensité plus ou moins forte des besoins repérés et les moyens disponibles pour y répondre. Ainsi la population des Alpes-Maritimes, comptant une proportion importante de personnes âgées à revenu élevé n’aura pas les mêmes besoins que la population des Bouches-du-Rhône, plus jeune et dont les revenus sont moindres. Quelques phénomènes relevés :

* L’allongement de l’espérance de vie génère une augmentation des besoins d’aide et d’assistance des personnes dépendantes, mais dans le même temps, la diminution du montant des retraites engendre une certaine faiblesse des moyens privés pour rémunérer ces besoins.

* Les difficultés sociales sont de plus en plus marquées ou de mieux en mieux connues et engendrent de nouveaux besoins. Paradoxalement le traitement des difficultés sociales incombant au secteur public est tributaire du niveau de prélèvement fiscal qu’il peut mettre en place. Si la population est à faible revenu, les ressources fiscales risquent de ne pas permettre la couverture des besoins.

* L’augmentation du travail des femmes a généré de nouveaux besoins en éducateurs de jeunes enfants, en auxiliaires de puériculture. Les revenus de ce travail ne permettent pas toujours aux familles d’avoir accès à ce type de garde pour les jeunes enfants. Les assistants maternels sont également tributaires de ces moyens.

II. UN ENSEMBLE TRIBUTAIRE DES POLITIQUES PUBLIQUES

La filière de formation est l’une des plus soumise à l’impact des politiques publiques. Non seulement elles déterminent le niveau des besoins en personnel (voir "les schémas régionaux dans les secteurs de la santé et de l’action sociale"), mais elles conditionnent les moyens financiers attribués à la mise en oeuvre des formations. Ce type d’environnement est très particulier et vient remettre en cause les équilibres traditionnels de la relation emploi formation.

* Des inégalités d’accès plus fortes qu’ailleurs. Les informations recueillies sur les frais de scolarité dans les écoles des secteurs sanitaire et social (bien qu’incomplètes) témoignent des "grands écarts" qui peuvent exister entre le secteur public et le secteur privé, mais aussi entre établissements. Dans le système éducatif et de formation classique, les frais de scolarité présentent une certaine homogénéité. L’influence des politiques publiques très importante dans ce secteur pourrait laisser penser que les inégalités d’accès sont attenuées. Ce n’est pas vraiment le cas. Il en est de même pour les concours d’entrée. Il diffèrent suivant les écoles même si la mutualisation des listes commence à se pratiquer.

* Une grande confusion des rôles et des acteurs. Les acteurs sont particulièrement nombreux dans cette filière. La multiplication des politiques publiques a pour effet la juxtaposition de moyens. Il s’agit plus d’un raisonnement métier par métier, donc formation par formation, sans rechercher une vision globale de la filière. Il est alors difficile de parler de relation entre emplois et formations dans ces secteurs, c’est plutôt la somme de relations "un emploi - une formation". Souvent de nouveaux moyens et acteurs naissent au gré des revendications pour une amélioration des conditions d’exercice d’un métier ou de mise en oeuvre d’une formation. On assiste alors à un phénomène d’empilements successifs dont le lien entre eux n’est pas évident à cerner.

III. UNE RELATIVE ADÉQUATION

La relation formation-emploi dans le secteur sanitaire et social se caractérise par une logique de métier l’emportant sur une logique de compétences.

* Les modalités d’accès à l’emploi (voir "insertion dans la vie active des sortants de la filière sanitaire et sociale") sont très favorables aux sortants de la filière : la durée d’accès à l’emploi est courte pour la filière santé, plus longue pour le travail social, mais dans tous les cas, l’insertion se déroule dans de meilleures conditions que pour d’autres filières. Il reste quelques points noirs comme les emplois de la petite enfance où les offres ne sont pas suffisamment nombreuses pour couvrir les demandes d’emploi (trois demandes pour une offre en moyenne).

* L’exercice des professions est réglementé, très encadré par le code de la santé ou le code de la famille. Pour avoir le droit d’assurer les missions confiées, il faut garantir ses propres compétences en étant titulaire d’une certification. Dans la plupart des cas, à une profession correspond une certification. Par exemple, seul le diplôme d’état d’infirmier permet d’exercer le métier d’infirmier et le métier ne peut s’exercer sans avoir le diplôme. Créer un diplôme pour répondre au besoin d’un seul métier a toujours eu pour effet de réduire l’accès à ce métier. C’est un phénomène de "protection" de la profession. Mais généralement en période de difficulté de recrutement, on élargit les accès aux formations. Cet élargissement est quasi impossible ici compte tenu du système très prégnant "une formation - un métier".

* Ceci influe sur la structuration de l’offre de formation qui se raisonne peu en termes d’acquisition de compétences mobilisables par un éventail de plusieurs métiers. Le raisonnement part le plus souvent du nombre d’emplois à pourvoir en fonction des créations de postes et des départs à la retraite, pour déterminer le nombre de personnes à faire entrer en formation. Mais les critères de fixation des quotas répondent-ils à ce type de "formule mathématique" ? Dans le cadre de l’élaboration des cartes ou schémas prévisionnels des formations, quel que soit le dispositif pris en compte, il est courant de raisonner par groupe de formations visant des groupes de métiers. Ceci suppose qu’il y ait transférabilité des compétences et mobilités entre les métiers. Ce n’est pas vraiment le cas sur le champ du travail social et encore moins sur celui de la santé.

* Le droit à l’erreur d’orientation n’est pas possible. Les passerelles sont peu nombreuses, ou difficiles d’accès. Leur absence génère des tensions auprès des jeunes, en particulier de ceux les plus en difficulté. Obtenir une place en formation peut être très difficile : concours d’entrée (donc sélection par la performance), existences de classes préparatoires privées (donc sélection par les moyens financiers disponibles). Une fois que l’entrée en formation est acquise, il ne faut pas se décourager et finir le parcours. Quitter en cours de route la scolarité rend encore plus difficile une réinsertion dans un autre cursus de formation. Les équivalences sont rares.

IV. DE VÉRITABLES ATOUTS

Ce qui pourrait apparaître comme étant des freins à la recherche d’un équilibre entre la formation et l’emploi peut servir de levier pour asseoir le redéploiement de la filière.

* Une offre de formation qui se cherche. Entre la réforme des cursus universitaires (Licence - Master - Doctorat), l’accès des certifications par la validation des acquis de l’expérience, la mise en oeuvre de la loi sur la formation tout au long de la vie (droit individuel à la formation, périodes de professionnalisation, observatoires prospectifs des branches professionnelles), l’offre de formation dans le secteur sanitaire et social a l’occasion de se (re)construire sur des schémas proches des autres secteurs d’activité et filières de formation.

* Un potentiel de stages et de tutorat plus développé qu’ailleurs. La filière est probablement celle de la formation professionnelle qui offre le plus de possibilités en matière de "parrainage" entre les plus anciens et les jeunes. Les plus anciens ont l’expérience, mais plus que dans d’autres secteurs, ils sont très sensibles à l’usure professionnelle et aspirent à avoir des missions moins "lourdes", que ce soit physiquement ou moralement. Parallèlement, les jeunes non expérimentés sont plus sujets au découragement car vite confrontés à des réalités sociales dures ou des accidents de santé graves. Pouvoir concilier les deux types d’intérêt devient un véritable enjeu pour la filière.

* Un vivier de recrutement très large. Globalement, la filière ne souffre pas d’un déficit d’attractivité comme certaines filières de formation professionnelle. Cela ne veut pas dire que pour autant certaines formations ne rencontrent pas des difficultés de recrutement (surtout dans les formations du travail social). Dès la fin de la classe de 3e les jeunes s’orientent en masse dans la filière via le BEP carrières sanitaires et sociales et le CAP petite enfance. Ils sont confrontés alors à des logiques contradictoires : un BEP carrières sanitaires et sociales est une première qualification de niveau V, mais pour progresser, il faut acquérir de nouveau des certifications de niveau V (aide-soignant, auxiliaire de puériculture, auxiliaire de vie sociale ou auxiliaire de puériculture). La relation formation-emploi est encore une fois "enfermée" dans une logique de métier et non de développement progressif des compétences.

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